Interview de Margaux Lorier, caravanière et lauréate des César 2021

Margaux Lorier est productrice de cinéma, Montreuilloise et… coopératrice de La Caravane!
Elle a remporté le César du meilleur film de court-métrage le 12 mars dernier avec Qu’importe si les bêtes meurent, réalisé par Sofia Alaoui. Dans son discours de remerciement lors de la cérémonie, elle cite la ville de Montreuil où elle vit, travaille, sort et consomme. Nous sommes fiers de la compter parmi les membres-coopérateurs de La Caravane !
Nous avons souhaité la féliciter, parler de sa vie à Montreuil, de son engagement auprès de La Caravane et savoir quelle consomm’actrice est Margaux.

La Caravane : Félicitations pour le César! Qu’est-ce que ça change pour toi ce César?
Margaux : Au début, j’étais très fière et contente mais je pensais que ça ne changerait rien concrètement dans ma vie. Deux semaines plus tard, je me rends compte que ça a tout changé. Tout d’abord, je ressens beaucoup de sympathie et d’intérêt de la part des gens à mon égard et pour mon travail et ça me porte. C’est super que mon travail soit mis en valeur grâce au César. Avec la réalisatrice Sofia Alaoui, on est en train de produire un long-métrage adapté du court-métrage et la visibilité que nous a donné le César fait qu’aujourd’hui, tout le monde veut être de la partie. Nous avons déjà des réponses positives pour le financement et le projet avance à pas de géant. Là où il nous aurait fallu 3 ans pour concrétiser un tel projet, nous pensons pouvoir le faire en un an ! Le tournage devrait commencer en octobre, ensuite viendra le travail de post-production et nous aimerions proposer le film au prochain Festival de Cannes ! Cannes, c’est un de nos rêves avec Sofia. Nous avons rêvé de faire la première du court-métrage au Festival de Sundance et c’est ce qui s’est passé ! Nous avons rêvé du César, c’est maintenant chose faite ! Vu que tous nos rêves se sont réalisés avec ce film, on continue à rêver !

ALa Caravane: Quel est le sujet du film? Quelle différence entre le court et le long-métrage ?
Margaux : Le film raconte l’histoire d’un jeune berger qui rencontre des extra-terrestres dans les montagnes du Maroc et le choix d’un homme face à un évènement surnaturel. Sofia Alaoui a été une grande rencontre humaine à un moment important de ma vie. Nous voulions tourner au Maroc, pays auquel nous sommes très attachées toutes les deux et où l’on trouve tous types de paysages. Les effets spéciaux participent à l’esthétique du film et se marient joliment à la beauté des décors naturels.
Un 
court-métrage te donne l’opportunité d’expérimenter avec une grande liberté puisque les besoins en financements sont moindres. Par contre, sa diffusion est plus limitée puisqu’il ne passe pas en salles. Il est principalement diffusé dans les festivals et à la télévision.
Le point de départ est le même pour le long métrage, à ce détail près que nous avons choisi d’adopter un autre point de vue qui nous correspond plus, à Sofia et à moi, celui d’une femme déterminée.

La Caravane : Tu es productrice de cinéma. On pense tout de suite aux gros producteurs américains aux budgets faramineux qui financent les blockbusters. En quoi consiste ton métier ?
Margaux : Merci de me poser la question car les gens ont effectivement cette image faussée des producteurs. En ce qui me concerne, mon travail revêt deux facettes : dans un premier temps j’accompagne les porteurs d’un projet cinématographique dans l’écriture du scénario. Ma maman, professeure de littérature, m’a donné le goût des mots et des histoires. J’aime aider un réalisateur/scénariste à accoucher de son histoire. Une fois le scénario abouti, je pars à la chasse aux financements. Nous avons la chance en France que le cinéma et la culture soient largement subventionnés, ce qui permet l’émergence d’un nouveau cinéma d’auteur dans ma génération. Au sein de cette nouvelle génération, nous sommes porteurs de valeurs d’inclusivité, d’entraide, de solidarité pour faire bouger les lignes.

La Caravane : Dans ton discours à la cérémonie des César et souvent dans les interviews, tu mentionnes Montreuil. Tu n’es pourtant pas d’ici. Depuis quand habites-tu notre ville et qu’est ce qui fait de Montreuil, une ville pas comme les autres selon toi ?
Margaux : Je crois profondément que les lieux nous façonnent et nous font grandir. Je mentionne toujours le Pays basque où j’ai grandi au sens propre, où j’ai ma famille et auquel je suis très attachée. Ma famille est originaire du Sud de l’Espagne, tout proche du Maroc, où j’ai passé de nombreuses vacances étant petite et un autre lieu important pour moi, notamment dans ma conscience politique. Ma rencontre avec Sofia et le fait qu’on a tourné le film au Maroc, ne sont pas un hasard. Je suis montée à Paris pour mes études et je pensais que pour mon métier, il fallait vivre dans la capitale.
Il y a quatre ans, j’ai pourtant choisi Montreuil pour m’installer, j’aime son côté alternatif, ça bouge, les rencontres sont faciles et mes amis proches habitent ici (petite dédicace à Mathilde, Julia, Gabriel, Loïc, Laura, Manon, Thomas, Sidi etc) . Pour moi, vivre quelque part, c’est une forme d’engagement, une nouvelle façon de faire de la politique : je travaille ici, je consomme ici, je sors ici. Montreuil me rappelle les villes de province où l’on croise régulièrement des amis et où l’on peut aller boire un verre de manière imprévue. C’est un lieu où le mot lien social a encore un sens et où la mixité est une réalité. Sans vouloir faire de politique, je pense que le fait que Montreuil soit une ville communiste n’est pas étranger à cette ambiance. On trouve de tout maintenant ici, la mairie favorise beaucoup les petits commerces et maintenant j’y ai mes habitudes.

La Caravane : Bon enchaînement, quels sont tes lieux préférés à Montreuil ?
Margaux : Avant le Covid, ma vie c’était d’aller au resto, boire des coups et aller au cinéma !  J’ai mes repères et j’attends qu’ils rouvrent avec impatience…
La grosse mignonne,  pour manger un couscous, assister à un concert et boire un verre avec les amis
La librairie Libertalia parce-que l’on peut toujours discuter avec le libraire
Le parc des Beaumonts pour prendre un bol d’air frais
Les Tatas flingueuses pour se faire plaisir
Le Méliès, lieu déterminant pour moi, je vais au cinéma 2 ou 3 fois par semaine
L’épicerie associative La Caravane pour faire mes courses !

La Caravane : Oui ! Nous sommes contents de te compter parmi les membres-coopérateurs de La Caravane. Comment as-tu connu l’épicerie ?
Margaux : J’ai une amie adhérente du supermarché coopératif de La Louve à Paris et je trouvais le projet génial. J’ai entendu parler d’un projet similaire à Montreuil et quand l’épicerie a ouvert près de chez moi, le confinement est arrivé. J’ai contacté La Caravane via Facebook : Pemba, – référente du groupe Communication ndlr – m’a informée que c’était ouvert. J’ai adhéré en avril 2020 pendant le confinement, à un moment où le besoin de lien social se faisait plus prégnant.

La Caravane : Pour quelle raison as-tu décidé de devenir membre de La Caravane?
Margaux : J’ai décidé d’adhérer à La Caravane pour le collectif auquel je crois profondément. Je suis convaincue qu’ensemble on peut mettre en œuvre de grands projets qui seraient irréalisables, tout seul. C’est aussi un moyen de donner du pouvoir à mon argent : je préfère faire mes courses dans une épicerie indépendante plutôt que de donner mon argent à de grandes entreprises qui détruisent le monde. Et puis j’adore l’idée de faire des rencontres en faisant ses courses. La Caravane incarne les valeurs qui sont importantes pour moi dans tous les aspects de la vie : politique, économique et social.

La Caravane : Tu es adhérente depuis un an, qu’est-ce qui te plait à La Caravane ? De quelle manière es-tu engagée dans le projet ?
Margaux : J’adore venir à La Caravane, pour faire mes courses ou mon service, rencontrer les membres, certains sont des copains de quartier maintenant. Je fais le service du samedi matin, il y a une super ambiance avec mes « collègues ». D’ailleurs, on a trinqué au César à mon dernier service (en respectant les gestes barrière bien sûr) ! Je fais souvent la caisse ou la pesée, qui sont les postes où l’on peut discuter avec les autres coopérateurs. Je découvre de nouveaux fruits et légumes et du coup je cuisine de plus en plus. Donner 3 heures par mois pour le fonctionnement de La Caravane, franchement c’est rien! Et c’est ce qui nous permet d’appliquer des marges réduites et d’avoir des produits de qualité à un bon prix. J’aimerais m’engager davantage, participer à un groupe thématique, notamment aux Achats mais avec toutes mes activités, je n’ai pas assez de temps pour cela.

La Caravane : Qu’est-ce qui te manque ou que tu aimerais voir arriver à La Caravane?
Margaux : Je trouve de tout à La Caravane donc j’y fais toutes mes courses pour ma petite maisonnée. Les fruits et légumes sont arrivés peu après mon adhésion et je dois dire qu’ils sont excellents et à très bon prix pour du bio. On a même des fleurs tous les samedis : de superbes bouquets composés – de fleurs locales et de saison de Loiseau Jardinier ndlr – à 13 euros le bouquet ! Moi qui suis une amoureuse des fleurs, je trouve que c’est bien moins cher que ce que je payais ailleurs avant. J’en prends tous les samedis !
Ce qu’il me manque c’est peut-être le vrac car j’évite les emballages plastiques mais je sais qu’il arrive bientôt ! Ce serait bien aussi s’il y avait du pain plus souvent – souhait réalisé depuis l’entretien ndlr –
Je sais que La Caravane a vocation à devenir un supermarché coopératif. Il faudra donc changer de lieu. J’espère que ce ne sera pas trop loin car j’habite juste à côté de l’épicerie et pas trop grand non plus. Ce qui fait la différence à La Caravane c’est le lien social, c’est important de garder ça.

La Caravane : De manière générale, quelle consomm’actrice es-tu?
Margaux : Je chemine depuis quelques années vers une consommation responsable. J’ai commencé par revoir mon alimentation : je mange bio et local depuis longtemps pour une nourriture saine qui aie moins d’impact sur la planète. J’ai fait la démarche de réduire les produits qui ne sont pas de saison ou transformés tout en gardant des petits plaisirs coupables de temps en temps. J’avance dans une démarche Zéro Déchet.
J’ai adhéré à La Caravane dans l’idée d’éviter la grande distribution. J’ai vu les centres-villes désertés en province, c’est déprimant. Alors j’ai toujours favorisé les petits commerces, où on peut discuter avec les commerçants qui connaissent leurs produits, et leur permettre d’en vivre. Ce qui est super à Montreuil c’est justement que la ville favorise ce type de commerces, qu’on en trouve de tous types et qu’ils continuent de se développer, par exemple rue Dreyfus. Je n’achète pas chez Amazon ni aux GAFA en général. Cette crise aura au moins permis de mettre en avant les commerces de proximité.
Le plus difficile pour moi ça a sûrement été les fringues. Je suis une fashion-addict et j’achetais beaucoup d’habits. Je trouve de tout sur Vinted maintenant, ce qui me permet d’acheter d’occasion.
J’ai réduit beaucoup de petits plaisirs qui étaient néfastes pour la planète, comme l’assouplissant. J’essaye de faire en sorte que ma vie et ma consommation soient cohérents avec mes idées et c’est du taff ! Parfois je trouve les écolos un peu moralisateurs, à montrer du doigt ce qu’on fait de mal. Moi, je poursuis ma réflexion dans les différents domaines de consommation et j’avance, pas à pas.

La Caravane  : Merci de tous ces partages. Pour finir, je voulais te demander où l’on peut voir ton film et ton travail en général.
Margaux : Le court-métrage arrive en fin de vie. Il a été largement diffusé, en festivals et à la télévision. Il n’est malheureusement plus possible de le voir en replay, pour des raisons de droits de télévision.
Bonne nouvelle ! Stéphane Goudet, directeur artistique du cinéma Le Méliès à Montreuil veut organiser une projection de court-métrages dès que les salles rouvriront ! Nous aimerions y présenter Qu’importe si les bêtes meurent avec notre équipe. J’ai hâte!

LC : Super ! Tiens-nous informés de la date de la projection de ton court-métrage au Méliès ! On sera au rendez-vous !
Et en route pour Cannes 2022 avec le long-métrage !

Merci pour ton temps et les partages ! A bientôt à La Caravane !

Pour voir la bande-annonce du court-métrage Qu’importe que les bêtes meurent, c’est ici !

Pour suivre le travail de Margaux Lorier, c’est par là !

« Fablab Expérience » : Co-opération entre associations pour un projet solidaire made in Montreuil 

Fablab La Verrière  

Vendredi 9 avril, La Caravane était conviée à la rencontre avec les équipes impliquées dans le projet de mobilisation d’un groupe de jeunes accompagnés par la Mission Locale Intercommunale, dont le siège est à Montreuil et le Fablab La Verrière pour la remise officielle de leur ouvrage à l’association Fruits défendus.

Le projet : le parcours « Fablab Experience », financé par la Fondation Orange, propose à des jeunes de 16 à 25 ans suivis par une mission locale de partir à la découverte du monde des fablabs en répondant au besoin d’un partenaire extérieur. Ici, il s’agit de concevoir et fabriquer la signalétique pour l’association Fruits défendus des Murs à Pêches, accompagnés par l’équipe du Fablab La Verrière, lauréat de l’appel à projets Fablab Solidaire 2020.

7 jeunes Montreuillois.es mobilisé.e.s dans le cadre du programme Garantie Jeunes mis en place par la MIEJ 4-93 – Mission Locale Intercommunale des villes de Montreuil, Bagnolet, Noisy-le-Sec et Romainvillle. Mathias, Wadaa, Steven, Diane, Adnane et Moktar sont accompagnés par la conseillère Sountou Tandia, sous la direction de Pascal Bouxirot.

Lbelle équipe a conçu et fabriqué la signalétique pour les terrains des Murs à Pêches situés au 140 rue Saint Antoine. Ces 8000 m² de terrain sont gérés et mis en valeur par les bénévoles des Fruits défendus, une association qui promeut l’agriculture urbaine et durable via la permaculture. Après la remise en état des lieux en cours et la restauration des murs à pêches du terrain, l’objectif est de créer un jardin verger et potager. Les Murs à Pêches ont été officiellement reconnus Patrimoine d’Ile-de-France en novembre 2020.

Cet ensemble de signalétique inclut plusieurs panneaux en bois : le plan du terrain, des planches explicatives du projet et les panneaux d’identification de chaque parcelle ou élément : potager mandala, mare naturelle, puits, etc. Les jeunes ont également fabriqué des passe-têtes en forme de pêches pour les petits visiteurs.

Le groupe de jeunes a été accompagné sur la partie technique par l’équipe du FabLab La Verrière, sous la direction de Laura Deveille : Laetitia Aymé, facilitatrice, Salah et Logan. Les différentes étapes du projet : collecte de palettes à recycler, prise en main du logiciel de dessin vectoriel et conception des visuels, découpe et gravure laser sur bois à l’aide d’une machine à commande numérique, grâce à la découpeuse laser du Fablab.

Et La Caravane dans tout ça? Notre épicerie associative a fourni la matière première : les palettes nécessaires à la fabrication des panneaux en bois recyclé.

Bravo aux jeunes pour ces belles réalisations, ils ont ainsi découvert le travail du bois grâce aux techniques de conception numérique. Au-delà des compétences techniques acquises, cette initiative leur a permis de mener à bien un projet de la conception à la fabrication et de faire un travail technique dont ils ne se sentaient pas capables quelques semaines auparavant. Cette expérience leur a aussi donné l’opportunité de se présenter en tant que prestataire de service pour honorer la demande d’un client, tout cela grâce à un accompagnement de qualité et à un beau travail d’équipe!

Merci aux bénévoles de l’association Fruits défendus pour l’accueil et la visite : Diana, Florence, Cyril, Thierry et Serge.

Merci à Pascal Germain de La Caravane pour la coordination avec Laetitia Aymé du FabLab La Verrière.